
Robert Laffont – 2024 – 270 pages
*
« Écoutez-moi » dis une voix au début de ce roman chilien. Cette voix, c’est celle d’Estela, l’employée de maison d’un couple qui vit dans une belle et impeccable villa. Une fillette est morte. Tout commence comme ça. Une fillette est morte et Estela entreprend de nous raconter comme tout s’est passé. Elle raconte son arrivée ici. La naissance de la fillette. Les heures qu’elle a passées à la bercer, la nourrir, la consoler, la gronder. Elle déroule le fil inéluctable de cette histoire, jusqu’au drame. Les insomnies, les scènes nocturnes, les mensonges, le figuier, les rats… Scènes après scènes, un détail après l’autre, Estela déroule le fil de son histoire et nous invite à comprendre la réalité. Chaque détail compte, chaque parole, chaque regard.
« J’imagine que j’ai été trop longue, j’ai abusé de votre temps. Vous voulez que je vous parle de la mort, c’est pour ça que vous m’avez enfermée ici. Très bien, j’y arrive, notez ceci dans vos dossiers : la mort peut attendre. C’est la seule chose qui peut réellement attendre dans cette vie. Avant, vous devez comprendre la réalité, comment elle est devenue de plus en plus grande, semaine après semaine ; comment elle a envahi mes heures, chacune de mes journées, jusqu’à ce que je n’en puisse plus, que je ne sache plus comment sortir de là. »
Propre est un thriller psychologique qui m’a prise à la gorge dès les premiers mots. Les courts chapitres s’enchaînent à toute allure, il se dégage de l’écriture une atmosphère saisissante, on est pris en étau entre l’effroi et le rire noir qui se coince dans notre gorge. L’autrice parvient à instaurer une tension incroyable dans ce roman au suspense haletant – une tension qui s’amplifie au fil des pages, ça monte crescendo, ça fait froid dans le dos. C’est une lecture proprement addictive que j’ai eu du mal à lâcher avant d’en avoir lu le dernier mot. « C’est peut-être ce que nous sommes à la naissance, je n’y avais pas pensé avant : une énorme cicatrice qui annonce toutes celles à venir. »