Deux filles nues est un roman graphique de toute beauté. Par des suggestions (à l'occasion de lucarne dans une planche, d'un motif sur un dessin, d'une parole ou d'un personnage), l'histoire retrace l'itinéraire de l’œuvre de l'artiste-peintre Otto Mueller amoureux avant-tout de liberté et de sa femme Maschka, de sa création à ses nombreux propriétaires au cours de la période 1919 - 2001.

De cette peinture, on en découvre les esquisses, l'effet de contemplation de ses observateurs. Elle gardera longtemps son secret.

Luz a fait un très bon choix littéraire de suivre l'itinéraire de cette œuvre créée, puis achetée puis spoliée, puis détournée (qui a survécu aux feux nazis grâce à quelque zélé directeur de musée ou commissaire priseur). J'ai apprécié le graphisme chromatique de Luz, son trait de crayon qui esquisse, son choix judicieux de courtes scénettes pour relancer le récit (et ne pas l’appesantir), sa volonté de dire les exactions en les suggérant (en second plan ou bien par les symboles) en montrant leur impact sur le monde artistique (celui de moquer, avant destruction, les artistes modernes au travers d'une exposition qui aura plus de retentissement que la partisane, celui de la censure qui brûle ce qui ne convient pas ), la laideur et la beauté toujours en lutte, toujours en confrontation, sous différentes formes (peintures, âmes humaines). Le traitement de Luz est subtil : par des détails, des allusions, des symboles dessinés, des couleurs empruntées, il raconte le chaos et la haine, la détestation de l'autre et le génocide, il parle aussi d'amour humain et d'amour de l'art, de transmission et de résilience.
Éditions Albin Michel